Karen Muller réalise un dessin mural à la corde à tracer bleue, d'un pincement de doigt hétérotopique : Exhibition Space View est comme une fenêtre ouverte sur un ailleurs, un écho d'un lieu d'exposition à l'intérieur d'un autre lieu d'exposition. Le dessin attire l'oeil et invite le regardeur à se projeter vers cet autre espace, une autre dimension. Le médium choisi, fragile et éphémère, amène une dimension temporelle à la dimension spatiale. Madeline Dupuy Belmedjahed

Madeline Dupuy Belmedjahed

INTERLIGNE

 

Karen Muller est la 20ème artiste à participer au programme de Residences croisées Alsace, France/Lac Saint-Jean, Québec de l’Agence culturelle d’Alsace/Frac Alsace et Langage Plus.
Par le dessin, la video et l’imprimé numérique, l’exposition Interligne pose un regard poétique et graphique sur divers paysages et aspects architecturaux de la ville dAlma. L’oeuvre se présente sous l’angle de paysages électriques et linéaires, d’images fragiles et énigmatiques qui investissent le champs minimaliste et pose la question de la durée passée à contempler ce “presque rien”.
Karen Muller pratique l’épuration et l’abstraction, elle affine et aplatit le paysage pour n’en conserver que les lignes graphiques s’y trouvant déjà. Interligne suggère des images, des formes constitutives de notre paysage quotidien, des lignes qui en sont probablement l’essentiel, mais aussi des traits qui délimitent les espaces vides, qui constituent la frontière entre notre architecture et le bleu du ciel.
La recherche artistique de Karen Muller est sous-tendue par une volonté de déstabiliser le regardeur devant l’image abstraite, lorsque l’infiniment grand et l’infiniment petit parviennent à se croiser, à se relancer et à se confondre. Dès lors attirée par des phénomènes atmosphériques et lumineux, l’artiste met au point des protocoles qui matérialisent l’invisible, qui proposent des images issues d’une volonté d’épuration et mettent en lumière le fragment et la particule.

Karen Muller vit à Saverne et travaille à Strasbourg en France. Elle possède un diplôme  national supérieur d’expression plastique de l’Ecole régionale des beaux arts de Valence. Ses oeuvres ont été présenté lors de diverses expositions collectives notamment en Suisse, au centre d’art Plug in et à la Kunsthalle lors des Regionales 8 et 9, art cointemporain de la région trinationale et en France à l’exposition Mulhouse 007, la creation contemporaine issues des écoles d’art européennes. Elle présente à Langage Plus le travail realisé dans le cadre d’une première residence au Québec.

Noémie Payant-Hébert

Lignes d'horizon

ARTICLE - 4 juin 2009

Jean-François Caron

Vingtième artiste invitée dans le cadre du programme de résidences croisées de Langage Plus, Karen Muller est aussi la plus jeune à en avoir profité. Regard sur une belle partance.

Bien sûr, le centre d'artistes Langage Plus est un peu bric-à-brac en ce moment, en raison des infiltrations d'eau qui ont nui à ses plus récentes activités - le purgatoire serait toutefois sur le point de se terminer, selon les dires de la directrice, Jocelyne Fortin, qui viendrait de recevoir d'excellentes nouvelles pour le financement des rénovations de l'immeuble.
La situation n'empêche toutefois pas d'apprécier la proposition de Karen Muller, la plus récente artiste accueillie dans le cadre du programme Résidences croisées Alsace, France / Lac-Saint-Jean, Québec. Son projet intitulé Interligne est le résultat d'une démarche bien structurée et particulièrement mature pour une artiste en début de carrière - il s'agit en fait de sa première exposition solo.
Par le truchement de la photographie, du travail numérique et de la vidéo, elle extrait les lignes fortes du paysage pour produire des oeuvres contrastées. Particulièrement intéressée par les phénomènes électriques ou lumineux, elle introduit fils, transformateurs et poteaux dans ses oeuvres, mais trouve aussi dans le reflet du soleil sur une rivière le matériau à traiter pour obtenir des images épurées. Cette façon qu'elle a de lire le monde entre les lignes de ses paysages, et de le rendre dans sa plus simple expression, montre une sensibilité que partagent plusieurs artistes établis. Elle a d'ailleurs su aborder l'essentiel notre paysage - électricité, rivières, lacs, horizon et grands espaces - sans sombrer dans les gouffres des lieux communs sur l'identité québécoise.

Lien : http://www.voir.ca/publishing/article.aspx?zone=6&section=20&article=64859

DNSEP, 2006

École régionale des beaux arts de Valence

Karen Muller produit des images. Encore des images ? Plus exactement elle met au point des protocoles destinés à produire des images  qui sont le prolongement de son regard attiré par des manifestations lumineuses éphémères ; ainsi, “une pression légère exercée sur les paupières par les paumes des mains permets de faire apparaître des images en noir et blanc, entre la paupière et le globe oculaire”.

Tout l’enjeu est de fixer cette céléritée. Ainsi, que ce soit la video, la photographie, la sérigraphie ou la peinture, Karen Muller explore sciemment les potentialités de chaque technique. Par les propriétés spécifiques de chacun des medias se mettent en place des images aux limites de la visibilité et de la lisibilité. Par exemple, la photographie fait perdurer la fugacité d’un éclair; la video montre des configurations lumineuses, les poussières qui volettent devant le faisceau d’un projecteur…; la sérigraphie dévoile des moires de tulle ; la toile cirée, support de peinture et source d’électricité statique, attire la couleur sans que le pinceau ne la touche. Karen Muller explore donc les possibles de chacun des medias pour les mettre dans une situation où ils généreraient leurs propres images. La radicalité de ces images du “presque rien” atteint son paroxysme lorsque la camera numérique, filmant avec le cache, créée deux pixels qui se mettent en mouvement. L’image n’est plus l’apanage de l’artiste. Elle n’est plus non plus le fantasme de son consommateur. Elle appartient à son producteur : le medium.

 

Source : Semaine 22.07
Texte : Pascal Thevenet